#Georges Brassens, le #stress et les #maladies cardiovasculaires

Postado em

Hervé HOOREMAN, CH d’Argenteuil

Chacun connaît, depuis l’étude InterHeart (2004), la place majeure du stress en matière de facteurs de risque de développer une maladie cardiovasculaire, avec une part attribuable du risque voisine de 30 %, après le tabagisme et les troubles lipidiques. L’échelle de stress canadienne, dérivée de l’étude de Holmes et Rahe, dans les années 1970, (même si d’autres échelles sont apparues depuis) , identifie méthodiquement 43 facteurs (tableau 1), depuis les plus importants (deuils, séparation, séjour en prison, chômage…), aux plus anodins (infractions mineures à la Loi).

Pratiquement tous, à des degrés divers, figurent en bonne place dans l’oeuvre de Georges Brassens, dont une grande part date des années 1950-1970, donc bien antérieure à la création de cette échelle canadienne. Le poète sétois avait déjà presque tout identifié.

On notera que certains événements a priori heureux et non dramatiques, (mariage, accès à la retraite, vacances ), sont aussi mentionnés comme agents stresseurs dans cette échelle de stress. La comparaison classique en est, en 1994, à Los Angeles, au moment du tremblement de terre, le nombre des infarctus multiplié par 2 et en 2006, en Allemagne, durant la coupe du monde de football, le nombre des infarctus multiplié par 3, lorsque l’équipe d’Allemagne était en compétition. Le caractère agréable ou désagréable n’a donc pas d’importance. Ce qui compte, c’est l’importance de la demande d’adaptation, comme l’explique très clairement le site Meditas Cardio, et que le poète avait parfaitement identifié bien plus tôt :

« Conscient d’accomplir somme toute un devoir,

Mais en fermant les yeux pour ne pas trop en voir » (La Fessée)

Parmi l’énoncé des circonstances stressantes, en voici quelques exemples, en relisant — et en réécoutant — son oeuvre magistrale. On peut citer, en premier lieu sans doute, car très souvent évoquées dans ses chansons, les disputes et/ou séparations, entre conjoints :

« Il la trouve se réchauffant, avec un salaud de vivant, alors chancelant dans sa foi, mourut une seconde fois » (Le Revenant)

Ou encore :

« Puis un jour elle a pris la clef des champs,

En me laissant à l’âme un mal funeste » (Une jolie fleur)

Ou bien :

« Elle me fit faux bond,

Pour un vieux barbon, La petite ingrate » (Les Ricochets)

Les rapports conflictuels avec les autorités figurent bien sûr, avec éventuellement la sanction carcérale :

« Les chats fourrés, quand ils l’ont su,

M’ont posé la patte dessus,

Pour m’envoyer à la Santé,

Me refaire une honnêteté » (Celui qui a mal tourné)

À signaler que le poète a parfaitement conscience de la gravité ou non de l’infraction à la loi, et par exemple de sa bénignité :

« Je ne fais pourtant de tort à personne,

En laissant courir les voleurs de pommes » (La Mauvaise Réputation)

À l’inverse, la survenue de décès dans l’entourage, est le plus souvent décrite , de façon généralement mélancolique beaucoup plus que dramatique :

« Grand-Père suivait en chantant La route qui mène à 100 ans, La mort lui fit au coin d’un bois Le coup du père Francois » (Grand-Père)

Ou encore :

« Il y a tout à l’heure

Quinze ans de malheur,

Que tu es parti

Au paradis

De l’accordéon » (Le Vieux Léon)

Ou bien :

« Notre voisin l’ancêtre était un fier galant

Qui n’emmerdait personne avec sa barbe blanche

Et quand le bruit couru que ses jours étaient comptés,

On s’en fut à l‘hospice afin de l’assister » (L’Ancêtre)

Une fois la situation stressante bien identifiée, reste à y faire face, avec plusieurs recommandations classiques suggérées par le poète : tout d’abord, positiver :

« J’ai quitté la vie sans rancune,

Je n’aurai plus jamais mal aux dents » (Le Testament)

Ou encore :

« Être assoiffé d’eau,

C’est triste mais faut

Bien dire,

Que l’être de vin, c’est encore vingt Fois pire » (Le Vin)

On remarquera que Georges Brassens laisse une part à l’oubli, à l’indifférence, voire au pardon, dans sa méthode de gestion du stress :

« Et je l’ai vue, toute petite,

Partir gaiement vers mon oubli » (Le Parapluie)

« Tout le restant m’indiffère

J’ai rendez-vous avec vous » (J’ai rendez-vous avec vous)

« Je lui en ai bien voulu, mais à présent

Je n’ai plus de rancune et mon cœur lui pardonne » (Une jolie fleur)

Et très rarement à la colère, mauvaise conseillère et dont on connaît parfaitement le caractère dangereux sur le plan cardiologique(1) :

« S’il y a des coups de pieds quelque part qui se perdent,

Celui-là toucha à son but » (Grand-Père)

« Parlez-moi d’amour et je vous fous mon poing

Sur la gueule » (Sauf le respect)

Dans certaines situations stressantes, le poète identifie parfois des échappatoires salutaires, auxquelles on ne pense pas forcément tous les jours, et qui font partie chez lui de la gestion du stress :

« La marguerite commencée avec Suzette,

On finissait de l’effeuiller avec Lisette » (Mes amours d’antan)

L’important restant de toujours bien connaître ses limites, et d’accepter, dans une certaine mesure , ce que l’on ne peut changer :

« Qu’on lui fasse au plus bas prix,

Des nationales gigantesques,

Pas nationales non mais presque » (La Femme d’Hector)

« Il y a peu de chances qu’on

Détrône le roi des cons » (Le Roi)

(On remarquera que G. Brassens ne fait que mettre en pratique ce conseil, attribué à Marc Aurèle (121-180 ap. J.-C.) : « Que me soient donnés la force de supporter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui peut l’être, la sagesse de discerner l’un de l’autre ».)

On sait que la prise en charge du stress fait aussi appel à des conseils classiques de découvertes d’autres occupations (pêche à la ligne, musique…), voire d’activité physique :

« La pêche à ce qu’on raconte (…)

Un prétexte un alibi,

Pour fuir un peu son chez-soi » (Le Pêcheur)

« J’étais en train de suer sang et eau,

Sur un chouette accord du père Django » (Entre la rue Didot et la rue de Vanves)

« Mais si mon père est pris d’une fringale de saucisse,

Il va l’acheter lui-même, excellent exercice » (Le Petit-Fils d’OEdipe)

Parmi les conseils habituels mentionnés dans la gestion du stress, figure aussi la capacité à dire non, sans agressivité ni culpabilité, en affirmant son point de vue même si d’autres pensent le contraire. Il s’agit là très probablement d’une véritable « marque de fabrique » du poète, que l’on retrouve par exemple dans Don Juan :

« Gloire au flic qui barrait le passage aux autos

Pour laisser traverser les chats de Léautaud » (Don Juan)

Sur un tout autre plan, la prise en charge du stress a aussi donné lieu à plusieurs autres méthodes : auto hypnose, respiration, biofeed back, cohérence cardiaque, sophrologie Nous n’en n’avons trouvé nulle trace dans l’œuvre de Brassens, qui lui a souvent préféré, sur un tout autre plan, la blague ou la dérision (qui peut lui en vouloir ?) :

« J’ai pris le coup d’un air blagueur » (La Route aux quatre chansons)

« Pour endiguer ses pleurs, pour apaiser ses maux

je me mis à blaguer à sortir de bons mots » (La Fessée)

Les personnalités de type A ont également été identifiées dans les années 1960 comme exposant à un risque cardiovasculaire majoré, d’après Meyer Friedman et Ray Rosenman, tous deux cardiologues aux États-Unis. Le premier était lui-même atteint d’insuffisance coronaire précoce, et avait attribué sa maladie à sa propre personnalité, compétitive, avec sentiment d’urgence, et hostilité facile. Conscient de sa fragilité, il aurait alors décidé de modifier ses facteurs de risque psychologiques. Bien lui en a pris, puisqu’il serait décédé à 90 ans… Nul doute que la personnalité compétitive ne fait pas partie du monde idéal de Brassens :

« Dieu sait que je n’ai pas le fond méchant,

Je ne souhaite jamais la mort des gens » (Le Fossoyeur)

De même, le sentiment d’urgence n’apparaît nullement dans ses chansons, au contraire :

« Je prendrai le chemin le plus long

Je ferai la tombe buissonnière » (Le Testament)

Quant aux comportements hostiles, la non-violence habituelle du poète s’y oppose :

« Gloire à qui, n’ayant pas d’idéal sacrosaint

Se borne à ne pas trop emmerder ses voisins » (Don Juan)

En résumé : on le voit, l’œuvre littéraire de Georges Brassens témoigne de sa très bonne connaissance du stress, et des moyens d’y faire face. Ces moyens restent à notre avis d’une actualité troublante, et devraient être encouragés. Une toute récente communication à l’ACC 2020 mentionne précisément de possibles effets favorables de la musicothérapie dans le post-infarctus(2). On citera également des travaux plus anciens(3) ayant constaté une stimulation vagale lors de l’écoute de certains opéras de Verdi… !

Qui peut certifier qu’une écoute quotidienne d’une chanson de Georges Brassens n’a aucun effet favorable sur le stress et par voie de conséquence, sur la survenue de maladie cardiovasculaire ? Bien plus, on pourrait se poser la question de savoir si l’accès littéraire et auditif à l’œuvre de Georges Brassens ne devrait pas relever d’une prise en charge par la Sécurité sociale ? Je pose la question…

Références

Cliquez sur les références et accédez aux Abstracts sur pubmed

1. Chang PP et al. Anger in young men and subsequent premature cardiovascular disease. Arch Inter Med 2002 ; 162 : 901-6. Rechercher l’abstract
2. ACC 20. Communiqué : Music as medicine? 30 minutes a day shows benefits after heart attack, 18 mars 2020. Rechercher l’abstract
3. Torjesen I. Verdi is in tune when it comes to blood pressure control. CardioPulse. In: Eur Heart J 2010 ; 31(24) : 2694-6. Rechercher l’abstract

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