#La #maladie métabolique est-elle due aux #graisses, aux #sucres, ou aux #aliments transformés ?

Postado em

Etats-Unis  L’augmentation de la prévalence de l’obésité et de la maladie métabolique au cours des 50 dernières années a stimulé la recherche sur le contenu en macronutriments de nos aliments, sur les ingrédients qu’ils renferment et sur le nombre de calories que nous consommons. Pourtant, jusqu’ici, cette recherche et les débats qu’elle a engendré n’ont pas permis de conclure avec précision sur la ou les causes du problème.

La 80ème réunion scientifique de l’ American Diabetes Association (ADA) a réouvert un autre débat, entre trois chercheurs, qui ont tenté de transcender celui qui opposait les régimes faibles en glucides à leurs pendants pauvres en graisses.

Sarah Hallberg, la directrice médicale de Virta Health, a présenté des données favorisant une alimentation riche en graisses totales et saturées par rapport aux régimes pauvres en graisses et en glucides. Barbara Corkey, qui enseigne la médecine à l’université de Boston, s’est surtout exprimée sur la qualité des glucides et des ingrédients ajoutés dans notre alimentation moderne. Enfin, pour Kevin Hall, chercheur senior au NIH (National Institutes of Health), il s’agirait plutôt de s’intéresser à la transformation des aliments comme le grand responsable de la prise de poids.

Est-on vraiment ce qu’on mange ?

Sarah Hallberg a présenté une étude où les glucides alimentaires étaient progressivement augmentés et les graisses saturées totales diminuées de façon concomitante. Les chercheurs ont analysé l’impact de ces deux effets sur les acides gras circulants et sur le taux d’acide palmitoléique (acide gras monoinsaturé), qui est un biomarqueur de plusieurs problèmes de santé.

Les résultats de cette étude indiquent l’absence d’association entre la quantité de graisses saturées dans l’alimentation et leurs taux plasmatiques.

En parallèle, l’augmentation progressive des glucides dans l’alimentation favorisait une augmentation proportionnelle du taux plasmatique d’acide palmitoléique, qui est un biomarqueur de plusieurs problèmes de santé. Le corollaire était également vrai : le taux d’acide palmitoléique baissait avec l’augmentation de la proportion de graisses saturées dans l’alimentation.

Sarah Hallberg a également présenté d’autres études montrant qu’un régime alimentaire pauvre en glucides mais riche en graisses saturées faisait baisser les taux d’acides gras saturés circulants, et que la restriction glucidique améliorait le syndrome métabolique indépendamment de la perte de poids.

La littérature semble suggérer que l’acide palmitoléique est un marqueur de la consommation excessive de glucides, pouvant refléter un shunt glucidique et prédire une maladie métabolique.

En fait, l’augmentation du taux d’acide palmitoléique vers l’âge de 50 ans se montre associée à une augmentation du taux de CRP hautement sensible, un marqueur de l’inflammation, une vingtaine d’année plus tard.

Sarah Hallberg estime que l’acide palmitoléique est un marqueur indépendant du taux de triglycérides et de l’adiposité abdominale, ce qui pourrait inciter à mesurer plus fréquemment son taux en routine clinique.

D’après elle, il serait possible de prédire un continuum métabolique en fonction des proportions de graisses saturées et de glucides que nous consommons. Une des extrémités de ce continuum consisterait en une consommation faible en glucides, qui déboucherait sur une augmentation de l’oxydation des acides gras saturés et de la sensibilité à l’insuline, une diminution de la synthèse d’acides gras saturés et d’acide palmitoléique, et une normolipémie.

L’autre extrémité refléterait une consommation glucidique élevée, qui entrainerait une augmentation du stockage des graisses saturées, une augmentation de leur production ainsi que de l’acide palmitoléique, une augmentation de l’insulinorésistance, et une dyslipémie.

A la fin de son exposé, Sarah Hallberg a présenté une étude qui a déjà été largement reproduite, basée sur 2 semaines d’un régime alimentaire riche en graisses et pauvre en glucides, qui améliorait la sensibilité à l’insuline tout en réduisant le taux de triglycérides et la sensation de faim. Pour conclure, la spécialiste affirme que si nous ne connaissons pas les causes de l’insulinorésistance et de la maladie métabolique, la consommation de graisses saturées n’est pas superposable à la quantité de graisses saturées stockées ou présentes dans le plasma dans le contexte d’une restriction glucidique, soulignant par ailleurs l’intérêt potentiel du dosage de l’acide palmitoléique comme marqueur précoce du risque de diabète.

Mon résumé: Les régimes alimentaires pauvres en glucides mais riches en graisses sont sains pour le système cardiovasculaire, et ils n’augmentent pas le risque de diabète. Les patients peuvent donc consommer des graisses saturées s’ils aiment ça, pour autant que la quantité de glucides simples soit faible, et ce type d’alimentation devrait permettre de préserver la lipidémie.

‘La nature des glucides a changé’

L’oratrice suivante, la docteure Barbara Corkey, a débuté son exposé en rappelant que la séquence d’apparition de l’obésité et de l’hyperlipémie, de l’insulinorésistance et de l’élévation de l’insulinémie basale n’est pas établie mais que ces trois éléments sont corrélés entre eux et qu’ils peuvent tous mettre la pression sur les cellules β du pancréas. Tant l’obésité que l’hyperinsulinisme peuvent être induits séparément in vitro et provoquer une insulinorésistance. Pour Barbara Corkey, la corrélation est également forte avec la consommation d’aliments transformés et l’utilisation extensive de plastiques, mais nous ignorons encore l’ordre de succession de ces différents éléments.

Le régime alimentaire de nos ancêtres pouvait être riche en graisses et/ou en sucres, en fonction de leur environnement. Lorsqu’il était chaud, la tendance était à l’alimentation riche en glucides, et elle était plutôt aux graisses et à la viande lorsqu’il était froid. L’Histoire ne nous permet pas vraiment de considérer les régimes riches en glucides comme la source de nos problèmes mais, d’après Barbara Corkey, la nature des glucides a changé depuis que nos ancêtres se sont disséminés sur la planète. En tenant compte du fait que les glucides sont actuellement traités au moyen de conservateurs et de nombreux autres ingrédients visant à les stabiliser, tout en constatant les anomalies de la sécrétion insulinique qu’on peut observer dans la maladie métabolique, elle se demande si certains de ces nouveaux ingrédients ne seraient pas des inducteurs d’hyperinsulinisme. Avant 1908, les consommateurs de glucides ne développaient pas de syndrome métabolique, contrairement à ce qui est observé actuellement.

Dans son laboratoire, Barbara Corkey a observé que bon nombre de ces ingrédients ajoutés entraînent une sécrétion insulinique, avec une augmentation de la glycémie et de l’insulinémie basales. Elle rapporte également que l’insulinémie basale peut être augmentée par un excès de nutriments, de calories, de monoglycérides et de fer. A l’inverse, le diazoxide et les régimes cétogènes et pauvres en glucides réduisent l’insulinémie. L’hyperinsulinisme devrait être traité avant l’apparition d’une hyperglycémie ou d’une obésité ; cependant, ce n’est pas ainsi que la maladie métabolique est actuellement prise en charge.

Barbara Corkey conclut en affirmant que les glucides jouent un rôle clé dans le développement de la maladie métabolique, bien qu’ils n’en soient pas la cause directe. Supprimer les glucides de l’alimentation peut améliorer cette affection ainsi que le diabète de type 2. Une telle mesure permet d’atténuer l’hyperinsulinémie, le stockage des graisses et la consommation de composés chimiques non alimentaires. Par ailleurs, elle n’a pas d’effet néfaste, car aucun glucide n’est essentiel.

Mon résumé: La présence de glucides dans l’alimentation n’est pas indispensable à l’être humain. Si vous souhaitez limiter fortement le risque de diabète, retenez qu’il n’existe pas de véritable besoin en glucides, et qu’un régime cétogène permettra de réduire ce risque.

Les aliments ultra-transformés ont un effet sur la prise calorique

Dernier intervenant du débat, le docteur Kevin Hall a décrit comment il avait testé les prédictions de prise calorique délivrées par le modèle glucides-insuline qu’ont proposé Ludwig et Ebbeling. Dans une étude transversale basée sur un suivi alimentaire, il n’a observé que très peu de différences, en termes de dépenses énergétiques, entre les régimes pauvres en lipides et les régimes pauvres en glucides. Cependant, dans des études portant sur la composition du corps, il n’a pas observé plus de perte de graisses corporelles par le régime pauvres en lipides, pas plus qu’une modification du poids total. Des méta-analyses montrent qu’il n’existe que très peu de différences sur le plan du métabolisme entre les régimes isocaloriques, selon qu’ils soient pauvres en glucides ou en lipides. Il en va d’ailleurs de même pour les modifications de la composition corporelle.

Kevin Hall a expliqué dans quelle mesure la composition de l’alimentation américaine a augmenté, tant en graisses qu’en sucres. La qualité de l’alimentation a elle aussi changé drastiquement, la part des achats d’aliments ultra-transformés étant passée de 24 à 55% aux Etats-Unis entre 1938 et 2001. L’orateur a évoqué son étude comparative des taux de calories, de glucides, de lipides, de protéines, de sucre, de sodium et de fibres entre les régimes basés sur des aliments ultra-transformés ou pas. Le régime « ultra-transformé » faisait prendre 500 calories supplémentaires chaque jour, en comparaison avec le régime « naturel ». Il induisait également une augmentation de la masse grasse. En revanche (et cela a de quoi surprendre), aucune différence n’a été notée en termes d’appétit ou de plaisir de manger, d’après les participants à l’étude.

Mon résumé: Le problème ne se situe pas au niveau du contenu en macronutriments de l’alimentation, mais bien dans la transformation des aliments. Eviter les aliments transformés devrait contribuer à maintenir un poids correct.

Que retenir ?

Au bout du compte, les trois exposés ont pointé du doigt les glucides, la première oratrice suggérant que leur consommation augmentait les lipides corporels – ce que ne fait pas la consommation d’acides gras saturés. La seconde intervenante a nuancé ces propos en affirmant que le problème se situerait plutôt au niveau du type de glucide, tandis que Kevin Hall a directement désigné la transformation des aliments comme le grand responsable de la prise de poids, si non de la maladie métabolique. Finalement, il est difficile d’affirmer qu’il s’agissait d’un débat stricto sensu !

Ce qu’il faut avant tout retenir, à mon avis, c’est que les aliments transformés – avec leur cortège de sucres, de sel et de composés chimiques ayant un effet hormonal – peuvent avoir modifié le poids corporel moyen, et qu’ils pourraient être la cause principale de l’augmentation de la prévalence du diabète de type 2 et de l’obésité. Il faut conseiller aux patients de manger “correctement”, ce qui signifie, en clair : des aliments sains, frais et non transformés.

 

Professeure de médecine reconnue internationalement, Caroline Apovian dirige la section nutrition et gestion du poids à l’Ecole de médecine de l’université de Boston. Elle est l’auteure de centaines d’articles et de chapitres de livres consacrés à l’obésité et à la nutrition.

La Dr Apovian a déclaré des liens d’intérêt avec plusieurs compagnies dont Novo Nordisk et Abbott Nutrition.

Cet article est une traduction-adaptation par le Dr Claude Leroy d’un article de Caroline Apovian publié récemment sur Medscape.com sous le titre Metabolic Disease: Is It the Fat, Sugar, or Processed Food?

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