#COVID-19: les #minorités ethniques plus vulnérables face à l’épidémie

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Paris, France — Que ce soit aux Etats-Unis ou en Angleterre, les études montrent que les personnes issues des minorités ethniques sont davantage touchées par l’épidémie de Covid-19, en raison d’une vulnérabilité accentuée par les inégalités socio-économiques. En France, l’absence de classification raciale empêche ce type de comparaison, mais une récente étude de l’Insee portant sur les « personnes nées à l’étranger », révèle une situation tout aussi inégale pour ces populations face au virus.

Aux Etats-Unis, les soignants noirs ou latinos américains exerçant en milieu hospitalier ont presque deux fois plus de risque d’être infectés par le SARS-CoV2 que leurs collègues blancs. C’est ce que révèle une nouvelle étude américaine, qui montre une fois de plus à quel point la pandémie de Covid-19 est révélatrice des inégalités économiques sanitaires et sociales, qui accentuent la vulnérabilité des minorités ethniques face au virus [1].

Trois fois plus de décès

Dans cette étude, qui s’appuie sur des données récoltées auprès de deux millions de personnes, il apparait que ces soignants issus de groupes minoritaires sont davantage exposés au risque d’infection en raison de leur tendance à exercer dans des établissements moins bien équipés auprès de leur communauté, déjà durement touchée par l’épidémie. Ils se retrouvent aussi plus fréquemment avec du matériel de protection inadapté, faute de moyens suffisants. Comparativement au personnel de santé blanc, ils étaient ainsi 50% de plus à déclarer porter des masques de faible protection ou usagés.

Alors que l’épidémie continue de se maintenir à un niveau élevé aux Etats-Unis, avec encore près de 1 000 décès par jour et un total de plus de 165 000 victimes du nouveau coronavirus, les Afro-américains restent parmi les plus touchés. Selon le centre de recherche indépendant APM Research Lab, on estime que les noirs américains ont un risque de décéder du Covid-19 multiplié par 3,7 comparativement aux Blancs.

Les noirs américains ont un risque de décéder du Covid-19 multiplié par 3,7 comparative-ment aux Blancs.

Les Amérindiens payent également un lourd tribut, avec un risque multiplié par 3,5, tout comme les américains natifs des iles Pacifique (risque multiplié par 3,1) et les Latinos (multiplié par 2,8.) Si la mortalité par Covid-19 était la même dans ces populations que celle observée chez les blancs américains, « 18 000 Noirs, 6 000 Latinos, 600 Amérindiens et 70 natifs des iles Pacifique seraient encore en vie », souligne l’organisme.

En Angleterre, les disparités semblent tout aussi importantes. Des chercheurs, qui ont voulu mesurer le risque d’être atteint de Covid-19 selon le profil ethnique ou socio-économique, ont montré que les Noirs et les personnes originaires de l’Asie du Sud, en particulier du Pakistan, ont trois fois plus de risque d’être contaminés par le SARS-CoV2 et respectivement quatre et trois fois plus de risque d’être hospitalisés après l’infection, comparativement aux Blancs [2].

La précarité en cause

Les facteurs aggravants sont désormais bien identifiés. Ces populations sont, tout d’abord confrontées à des inégalités en termes de santé. En plus de présenter davantage de diabète, de maladies cardio-vasculaires et d’obésité, autant de facteurs de risque de complications après infection par le SARS-CoV-2, les personnes issues des minorités ethniques ont un accès aux soins généralement plus restreint, en raison notamment d’un manque de couverture sociale pour beaucoup d’entre eux. Et, lorsqu’elles se font soigner, elles sont confrontées aux infrastructures de santé souvent défaillantes et sous-équipées de leur quartier.

Ces inégalités sanitaires sont inévitablement liées aux inégalités économiques ainsi mises en évidence par l’épidémie de Covid-19. Si le nombre de contamination est plus élevé dans ces populations, c’est aussi parce qu’elles sont plus confrontées à la précarité économique, qui contraint à vivre dans des quartiers isolés et densément peuplés. On estime que le taux de pauvreté des Afro-américains, des Amérindiens et des Hispaniques avoisine les 20%, contre 9% chez les américains blancs. Au Royaume-Uni, selon l’institut britannique des statistiques (ONS), le taux de pauvreté atteint 45% dans la population noire-africaine, contre 20% dans la population blanche.

Les métiers les plus souvent exercés par ces minorités (livreur, agent d’entretien, caissier…), en plus d’être peu rémunérateurs, exposent également à un risque accru de contamination, en raison notamment de l’impossibilité de télétravailler. Moins de 20% des Hispaniques et des Noirs-américains seraient en capacité d’exercer en télétravail, contre 30% pour la population blanche.

Des disparités également en France

En France, si l’absence de précision sur l’appartenance ethnique dans les registres empêche d’avoir des comparaisons similaires entre les différentes communautés, une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a pu donner récemment un aperçu des disparités face à l’infection entre « les personnes nées à l’étranger » et celles nées en France, qui font écho au constat observé aux Etats-Unis ou en Angleterre [3].

Dans cette étude, les chercheurs montrent que les décès ont augmenté de 48% entre mars et avril 2020 chez les personnes nées à l’étranger par rapport à la même période de 2019, contre 22% chez celles nées en France, soit une hausse deux fois plus importante de la mortalité. La hausse est plus forte pour celles nées en Afrique (+114% hors Maghreb) ou en Asie (+91%).

En Ile-de-France, une région fortement touchée par l’épidémie, les hausses de mortalité sont encore plus importantes pour ces populations. Elle est de 134 % pour les décès des personnes nées au Maghreb et de 219 % pour les décès des personnes originaires d’un autre pays d’Afrique. En Seine-Saint-Denis, la hausse est respectivement de 191% et 368%.

Des « travailleurs-clés » plus exposés

« La hausse du nombre des décès pendant la période de pandémie de Covid-19 a été nettement plus forte dans les territoires les plus densément peuplés. Or, les personnes nées en Afrique ou en Asie résident environ deux fois plus souvent dans ce type de territoires, notamment parce qu’elles habitent plus souvent en Île-de-France », précisent les auteurs.

En plus d’avoir des conditions de vie plus favorables à la transmission du virus (logement exigu, utilisation plus fréquente des transports en commun…), les individus nés à l’étranger et, en particulier, celles originaires d’Afrique « sont parmi les plus exposés au risque de contamination en raison de leur métier ». Ils sont, en effet, plus nombreux à être des « travailleurs clés » impliquant un contact avec le public et dont l’activité n’a pas été restreinte pendant le confinement (personnel de santé, aide-soignant, pharmacien, ambulancier, caissier, livreur…).

Autre résultat révélateur de la vulnérabilité de ces populations face au virus : en considérant uniquement les moins de 65 ans, la hausse de mortalité apparait 30 fois plus importante pour les personnes nées en Afrique hors Maghreb ou en Asie, comparativement à celle des personnes nées en France. A partir de 65 ans, les écarts sont moindres. Preuve que des facteurs de risque autre que l’âge ont une influence majeure dans ces populations.

 

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