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#Prise de poids,# tabac, #alcool : le bilan après des semaines de confinement

Postado em

Paris, France— Le confinement a bouleversé nos habitudes de vie. Nos comportements alimentaires ou addictifs ont-ils changé ? Plusieurs enquêtes semblent l’indiquer.

Sur les versants du tabac et de l’alcool, Santé publique France (SPF) a réalisé une étude auprès de 2003 adultes en population générale.

Il en ressort qu’ « environ un quart des fumeurs déclare avoir augmenté sa consommation de tabac. En revanche, l’évolution des usages d’alcool semble moins défavorable, avec environ un consommateur sur dix déclarant avoir augmenté sa consommation mais un sur cinq l’avoir diminuée ».

« L’ennui, le manque d’activité, le stress et le plaisir sont les principales raisons mentionnées par les fumeurs ou usagers d’alcool ayant augmenté leur consommation. On note également que l’augmentation aussi bien pour le tabac que pour l’alcool est corrélée au risque d’anxiété et de dépression », constate Viêt Nguyen Thanh, responsable de l’unité addictions à la direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

L’ennui, le manque d’activité, le stress et le plaisir sont les principales raisons mentionnées par les fumeurs ou usagers d’alcool ayant augmenté leur consommation.

Augmentation de la consommation de tabac

Interrogés pendant le confinement entre le 30 mars et le 1er avril, les fumeurs (21,2% des sondés, n=422) sont :

-27% à déclarer que leur consommation de tabac a augmenté depuis le confinement,
-55% qu’elle est stable,
-19% qu’elle a diminué.

La hausse moyenne du nombre de cigarettes fumées par les fumeurs quotidiens (94 % des fumeurs interrogés) est de 5 cigarettes par jour. L’augmentation de la consommation de tabac est plus fréquemment mentionnée par les 25-34 ans (41 %), les actifs travaillant à domicile (37%).

SPF note que dans le même temps, les appels à Tabac info Service (3989) ont baissé de 19% entre mars 2019 et 2020 et de 15% entre avril 2019 et 2020, alors qu’ils avaient progressé de 14% en février. Au total, le nombre d’appels reçus en avril s’élève à 2 812.

Une baisse de la consommation d’alcool

En parallèle, parmi les consommateurs d’alcool interrogés (66,7% d’usagers d’alcool dans l’échantillon interrogé, n=1344) :

-11 % déclarent que leur consommation d’alcool a augmenté depuis le confinement,
-65% qu’elle est stable,
-24% qu’elle a diminué.

Parmi ceux qui déclarent avoir augmenté leur consommation, 51 % disent avoir augmenté leur fréquence de consommation, 10% le nombre de verres bus les jours de consommation et 23% les deux.

L’augmentation de la consommation d’alcool est plus fréquemment mentionnée par les moins de 50 ans (entre 14% et 17% selon les classes d’âge), les individus vivant dans une ville de plus de 100 000 habitants (13% contre 9% des habitants d’agglomérations de moins de 100 000 habitants) et les parents d’enfants de moins de 16 ans (18% contre 8% des répondants n’ayant pas d’enfant de moins de 16 ans).

SPF note qu’en parallèle, le recours à Alcool info Service, a d’abord baissé avant de ré-augmenter. Une baisse de 12% des sollicitations entrantes (appels, chats et questions-réponses) a été observée entre février et mars. Puis, les sollicitations ont augmenté de 27% en avril pour retrouver un niveau habituel, avec un total de près de 3 872 sollicitations.

A noter : Santé publique France rediffuse actuellement une campagne sur les réseaux sociaux pour inciter à utiliser Tabac Info Service, joignable au 39 89 (appel non surtaxé) ou sur l’appli dédiée.

SPF souligne que faire le point sur sa consommation d’alcool reste possible en utilisant l’alcoomètre accessible sur le site http://www.alcool-info-service.fr. Elle rappelle que ” l’alcool c’est maximum 2 verres par jour, et pas tous les jours ” et le numéro d’Alcool Info Service 0 980 980 930 (appel non surtaxé).

Une prise de poids chez 57% des français

Outre leur consommation de tabac et d’alcool, il semble qu’un certain nombre de français ait aussi changé d’habitudes alimentaires et pris quelques kilos.

Selon un sondage Ifop rendu publique le mercredi 6 mai 2020, 57 % des français ont pris du poids pendant le confinement alors que 29 % ont perdu du poids et 14 % n’ont pas vu leur poids modifié.

Les français qui ont pris du poids, ont gagné en moyenne 2,5 kilos. 2,7 kg pour les hommes et 2,3 kg pour les femmes.

Parmi les personnes qui ont pris du poids, 32% ont pris seulement un kilo 34% deux kilos, 16% trois kilos, 18% plus de quatre kilos… Par ailleurs, 61% des femmes et 47% des hommes qui ont pris du poids sont insatisfaits de leur corpulence.

Les hommes ayant grossi pendant le confinement avaient un Indice de Masse Corporelle (IMC) maigre (67%), normal (51%), en surpoids ou obèse (58%).

Les femmes ayant grossi pendant le confinement avaient un Indice de Masse Corporelle maigre (38%), normal (55%), en surpoids (59%) ou obèse (71%).

Quels facteurs de risque ?

Le fait de vivre avec plus de 4 personnes était associé à la prise de poids : 64% des confinés avec plus de quatre personnes ont pris du poids versus 53% des sondés confinés seuls.

Aussi, le fait de vivre seul ou d’avoir pratiqué une activité physique tous les jours était plus souvent associé à une perte de poids. Même si en moyenne, 42% des Français ayant pris du poids ont pourtant fait du sport tous les jours, 55% plusieurs fois par semaine, 61% une fois par semaine et 65% jamais.

Sédentarité, grignotage, manque de temps pour préparer les repas en raison de la multiplication des tâches (télétravail, devoirs aux enfants, tâches ménagères…), ennui, frustration, stress seraient autant d’explications à cette prise de poids.

Reste qu’à partir du déconfinement, 56% des interrogés comptent manger plus sain et équilibré et près d’un Français sur cinq souhaite faire un régime pour perdre les kilos pris pendant le confinement. Aussi, 29% des français déclarent qu’ils accorderont plus d’importance à l’impact de leur alimentation sur l’environnement après le 11 mai.

#Bénéfices cardiovasculaires de l’arrêt du #tabac dans le #diabète de type 2 : impact de la prise de poids ?

Postado em

Patrice DARMON, Marseille

Chez les patients diabétiques de type 2, le sevrage tabagique est une priorité pour prévenir le risque de survenue d’événements cardiovasculaires et de décès prématuré. L’arrêt du tabac s’accompagne toutefois généralement d’une prise de poids dont l’impact sur les bénéfices du sevrage n’est pas clairement établi.

Pour mieux préciser les choses, Liu et coll. ont analysé les données de deux vastes cohortes prospectives américaines incluant des professionnels de santé (Nurses’ Health Study, n = 121 700 et Health Professionals Follow-Up Study, n = 51 529). Les auteurs ont identifié des sujets présentant un diabète de type 2 connu lors de l’inclusion dans l’étude ou découvert au cours du suivi (avant 2014), et qui, au moment du diagnostic de diabète, étaient indemnes de maladies cardiovasculaires, de bronchite chronique obstructive et de cancer, en excluant les anciens fumeurs. Des informations médicales étaient obtenues tous les deux ans à l’aide de questionnaires validés. Ils ont pu ainsi déterminer l’incidence des événements cardiovasculaires majeurs (coronaropathie fatale ou non, accident vasculaire cérébral fatal ou non) et des décès chez respectivement 10 809 et 9 688 patients, et comparer ces incidences chez les patients fumeurs (« current smokers »), ceux qui ont arrêté de fumer depuis 2 à 6 années (« recent quitters ») et ceux qui ont arrêté de fumer depuis au moins 6 ans (« long-term quitters »). Les auteurs ont ensuite analysé l’impact de l’évolution pondérale dans la période de 6 années suivant le sevrage tabagique (en moyenne +3,2 kg) sur le risque d’événements cardiovasculaires et de décès.

Au cours du suivi, 2 580 événements cardiovasculaires majeurs ont été recensés. En analyse multivariée incluant l’ancienneté du diabète, l’IMC, le mode de vie ou les traitements, les « recent quitters » ont un risque d’événement cardiovasculaire plus faible que les « current smokers » (HR ajusté 0,83 [IC95% 0,70-0,99]). Cette association persiste chez les patients qui n’ont pas pris de poids 2 à 6 ans après l’arrêt du tabac (HR ajusté 0,77 [IC95% 0,62-0,95]) mais n’est plus significative en cas de prise de poids (+0,1 à 5 kg : HR ajusté 0,99 [IC95% 0,70-1,41] ; > 5 kg : HR ajusté 0,89 [IC95% 0,65-1,23]). Par ailleurs, les « long-term quitters » ont eux aussi un risque d’événement cardiovasculaire plus faible que les « current smokers » (HR ajusté 0,72 [IC95% 0,61-0,84]), et ce bénéfice est significatif pour la coronaropathie (HR ajusté 0,78 [IC95% 0,66-0,94]) comme pour les accidents vasculaires cérébraux (HR ajusté 0,51 [IC95% 0,36-0,73]).
Durant le suivi, 3 827 décès sont survenus. Afin de limiter les biais d’interprétation, les auteurs se sont surtout intéressés aux « long-term quitters ». En analyse multivariée, ces patients ont un risque de mortalité totale plus faible que les « current smokers » quelle que soit l’évolution de leur poids 2 à 6 ans après le sevrage (absence de prise de poids : HR ajusté 0,69 [IC95% 0,58-0,82] ; 0,1 à 5 kg : HR ajusté 0,57 [IC95% 0,45-0,71] ; > 5 kg : HR ajusté 0,51 [IC95% 0,42-0,62]). Ce bénéfice concerne à la fois la mortalité cardiovasculaire et la mortalité par cancer.

Même s’il faut rester prudent du fait de ses limites méthodologiques (autoquestionnaires, recueil de données à deux ans d’intervalle, absence d’ajustement sur le contrôle glycémique, population très homogène sur le plan sociologique et très majoritairement caucasienne…), cette étude confirme les bénéfices de l’arrêt du tabac chez les patients diabétiques de type 2, et illustre surtout l’impact de l’évolution pondérale dans les 2 à 6 ans suivant le sevrage : si une prise de poids estompe le bénéfice de l’arrêt du tabac sur l’incidence des événements cardiovasculaires (ce qui justifie d’accompagner ces patients sur le plan diététique pendant cette période souvent difficile), il n’en est rien pour le risque de décès qui reste toujours plus faible chez les patients ayant arrêté de fumer depuis au moins 6 ans par rapport aux fumeurs actifs.


Publié par Diabétologie Pratique

Références

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Liu G et al. Smoking cessation and weight change in relation to cardiovascular disease incidence and mortality in people with type 2 diabetes: a population-based cohort study. Lancet Diabetes Endocrinol 2020 Jan 7. Rechercher l’abstract